Barcelone - Urbanisme

BARCELONE et L’URBANISME

Ildefons CerdàIdefons Cerda

Jusqu’au milieu du 19e siècle, Barcelone était encore une cité portuaire médiévale aux ruelles enchevêtrées cernées par des remparts dont certains dataient encore de la conquète romaine. Vers 1850, dans une nécessité d’adaptation au monde industriel en pleine expansion, le gouvernement commanda un plan de développement de la cité à l’ingénieur des Mines Ildefons Cerdà.

 

Ce dernier, né en 1815 et issu d’une grande famille catalane de province, s’était destiné aux hautes études et s’installa dès l’obtention de son diplôme à Barcelone, où il rencontra les théories socialistes utopiques d’Etienne Cabet et se lia d’amitié avec Narcís Monturiol et Ramón Martí i Alsina, respectivement inventeur du premier sous marin à propulsion mécanique et peintre, tous deux passionnés par l’idée de progrès social, par celle de la République et pour Marti, celle de l’anti-cléricalisme.

 

Cerdà se lança avec passion dans l’étude d’une nouvelle cité qui devait s’étendre hors des frontières séculaires de son noyau originel, privilégier les transports et la circulation d’air, préserver l’espace vital et prendre en compte le fait qu’une vaste proportion de la main d’œuvre de l’industrie bourgeonnante vivait dans des conditions d’insalubrité inacceptables. Pétri d’hygiénisme, Cerdà dessina donc une extension de Barcelone (l’Eixample) où les immeubles ne dépasseraient pas quatre étages, où sur les carrefours à angles droits définissant les quartiers en damiers les coins des bâtiments seraient biseautés de façon à autoriser plus facilement les manœuvres des véhicules présents et à venir. Reproduisant le modèle naturel des reliefs et des cours d’eau de la région, les rues telles des rivières descendaient des collines et rejoignaient les larges avenues qui, comme des fleuves, canalisaient le traffic et traversaient la ville en rectilignes diagonales… Cette vision de la cité, extensible du fait de sa structure normalisée, concrétisait les aspirations au mieux-vivre d’alors en faisant des besoins primordiaux ses principes fondateurs : nécessité de l’éclairage naturel, ventilation dans les foyers, espaces verts ouverts et multiples, traitement convenable des déchets, système d’égouts efficace et possibilité de mouvement homogène des personnes, des biens, de l’énergie et des informations.

 

Ses idées progressistes l’obligèrent à participer activement à la vie publique. Il devint membre du Parlement de Barcelone en 1850, et s’inscrivit dans une mouvance progressiste dont émergera en 1873 Estanislau Figueras, président de la Première République Espagnole.

 

Rationel et hygiéniste, le plan Cerdà initial (1859) fut mis en compétition avec un plan d’architecte qui entre autres, excluait la mixité (une philosophie par ailleurs en vogue chez Haussman à Paris à la même époque, qui voulait que les ouvriers soient relégués loin d’un centre-ville aux avenues larges et difficiles à prendre par d’éventuels révoltés…). Il subit donc une révision mais résista à la pression des architectes qui pensaient la future Barcelone plus élitiste jusqu’à ce que le gouvernement tranche en sa faveur… mais ne le paye jamais !

 

Ildefons Cerdà publia en 1867 – la même année que ‘le Capital’, de Marx – sa ‘Théorie Générale d’Urbanisation’, un néologisme auquel il a consacré à la fois l’intégralité de la fortune familiale et toute sa vie.

 

En 1868, il fut élu président suppléant du Conseil municipal de Barcelone et contribua à cette époque à proclamer la première République. Il meurt dans l’indigence en 1876, après que son projet barcelonais eût été accepté, puis dévoyé.