Laurent Bagnard

Ami internaute, aimable douanier, et éventuel employé de la NSA, je vous propose ici de vous informer sur ma petite personne, sa trajectoire et leur ancrage dans ce monde. Si cet exercice doit commencer par une date de naissance, autant que celle ci soit replacée dans son contexte, et que ce dernier décrive un cheminement à travers des faits, qui eux, méritent une véritable attention !  Permettez moi de m’affranchir du ‘je’ dans les lignes qui suivent, et de vous inviter en :

1963

Bob Marley fonde les Wailers, les Stones tournent avec les Ronettes, les Beatles sortent ‘Please Please Me’, les Kingsmen ‘Louie Louie’ et Johnny Cash ‘Ring of Fire’.

Kodak sort son premier Instamatic; la première interface graphique pour ordinateur est inventée, de même que l’imprimante à jet d’encre (Teletype Inkronic).

Sur les écrans arrivent ‘Les Oiseaux’ d’Hitchcok,  ‘James Bond contre Dr No’, et ‘Mourir à Madrid’, un documentaire (censuré en France) de Fredéric Rossif sur la Guerre Civile Espagnole. Au rayon librairie : la première apparition d’Iron Man, des X-men et du lieutenant Blueberry, ainsi que la publication de ‘Visions de Gerard’ (Kerouac), ‘Au Carrefour des Etoiles’ (Clifford D. Simak), ‘Le Gala des Emplumés’ (San Antonio)

En France, la première centrale nucléaire est mise en service et ce pays signe un traité d’amitié et de coordination avec l’Allemagne, 18 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, pour peu qu’elle soit vraiment terminée.

Le ‘Telephone Rouge’, une ligne directe Kremin – Washington plutôt utile en temps de Guerre Froide, est installée.

A la même époque, John F. Kennedy déclare à Berlin-Ouest (enclave capitaliste en territoire Allemand sous contrôle communiste) ‘Je suis un Berlinois’  (26 Juin) et se fait dessouder à Dallas, TX, le 22 Novembre. Entretemps, il avait soutenu Martin Luther King dans son combat (non violent) contre la discrimination raciale aux USA, entamé à la fois un processus de désarmement entre les US et l’URSS ainsi qu’un retrait des ‘conseillers militaires américains’ au Viet Nam.

Elle est Russe et spationaute : Valentina Terechkova devient la première femme dans l’espace, après avoir passé 3 jours en orbite autour de la planète bleue dans son Vostok 6 . Brigitte Bardot se contente d’être splendide dans le ‘Mépris’, adapté de Moravia.

Porsche présente au monde sa 911, le californien Dean Moon démontre à l’Europe (via l’Angleterre aux Brighton Speed Trials) la puissance du V8 compressé et éveille dans cette partie du monde le mâle intérêt pour la course en ligne droite : le dragster.

Johnny Depp, Brad Pitt, Alejandro Gonzalez Inarritu, Jet Li, Quentin Tarantino, Roch Voisine et Laurent Bagnard voient le jour. Ce dernier à Paris, en Avril.

 

1975

Tom Waits sort ‘Nighthawks At The Diner’, Patti Smith ‘Horses’, Bruce Springsteen ‘Born to Run’, The Who ‘The Who by Numbers’. A Londres, un certain Malcom Mac Laren recrute via le dénommé Bernie Rhodes le jeune John Lydon pour chanter dans une formation musicale répondant au nom de ‘Sex Pistols’.

Kodak invente le premier appareil photo numérique. La société Micro-Soft est fondée à Albuquerque, NM, USA.

Au cinéma, ‘Les Dents de la Mer’ réveille la mémoire atavique de toute une génération tandis que dégouline ‘Histoire d’O’ sur les écrans des salles obscures et s’impose l’adaptation de ‘Vol au-dessus d’un nid de coucous’. Elle fait oublier que l’auteur du livre éponyme utilisa ses royalties initiales pour inventer l’Acid Test, inspirant aux Who la chanson ‘Magic Bus’ … et nous permet d’introduire le film ‘Tommy’ sorti cette année-là également ! Interprété par le chanteur et leurs amis de la jet set rock’n’roll, écrit par le guitariste, il s’assortit d’un ‘opéra rock’ sur 4 faces de 33 tours, en deux versions et deux pochettes respectives au goût discutable.

Valéry Giscard d’Estaing, président de la République, s’invite à diner chez les Français d’en bas (ainsi qu’une équipe de television, mandée pour l’occasion). Pendant ce temps, Saigon devient Ho-Chi-Min City puisque les Américains ont perdu la guerre du Viet Nam au bénéfice d’un régime communiste qui s’installe et épure sans perdre une seconde : la deuxième guerre mondiale n’en finit pas de finir. Francisco Franco, dictateur espagnol depuis 1939, meurt en Novembre – pour lui c’est définitif.

L’ONU déclare 1975 “l’année de la femme”. Andrei Sakharov, le  père de la bombe H soviétique, reçoit le prix Nobel de la Paix.

Dans les kiosques, on peut désormais trouver Metal Hurlant, trimestriel de BD pour adultes.

Starsky roule en Ford Gran Torino. Sa déco rouge à bande blanche est reprise en France sur nombre de R12, plus communes donc moins auréolées de gloire.

Laurent Bagnard se voit offrir son premier appareil photo, un Kodak Instamatic, ainsi que son premier 33 tours, ‘Tommy’, qu’il possède encore. Il tremble à l’idée que Giscard s’invite à la table familiale. Il aime dessiner, lire, et faire des maquettes – plutôt que jouer au foot, par exemple. Il aimerait bien devenir astronaute.

1977

L’année Sainte, d’après Kent, déboule avec ‘Never Mind the Bollocks’ des Sex Pistols , et  ‘The Clash’ en guise de soundtrack. Peu avant, il y eut ‘Ramones’, suivi par ‘Rocket to Russia’ et ‘Leave Home’, sans oublier le ‘New Rose’ de ’76 des Damned enchaîné sur l’album ‘Damned, Damned, Damned’, ainsi que ‘Rattus Norvegicus’ et ‘No More Heroes’ des Stranglers, ‘In The City’ des Jam et ‘Marquee Moon’ de Television. Bob Marley & The Wailers sortent : ‘Punky Reggae Party’ et ‘Jamming’, fort opportunément.

Dans Metal Hurlant, Denis Sire dessine ‘Menace Diabolique’ et les Humanoïdes Associés (sa maison d’édition) publient Auclair, Corben, Wrightson, Ellison, Ambler, etc…

Il faudra à Laurent un an pour digérer tout cela, ainsi que l’environnement de banlieue oubliée de Dieu et des hommes dans lequel il échoue. Joe Strummer, de Clash, arbore le slogan ‘Creative Violence’.  Laurent est à l’écoute, dessine, lit Metal, fait moins de maquettes et ne jouera jamais au foot. Il photographie sa ville depuis les toits, les jours de pluie.

Le monde, pendant ce temps, continue de tourner. Il ne sera jamais plus le même, et Laurent ne deviendra jamais astronaute.

1979

A travers ‘London Calling’ et le livre de photos de Pennie Smith, ‘Clash before and after’, Laurent découvre un autre univers et lit Jack Kerouac. Il fonde son premier groupe, ’78 rpm’ d’après le single des Stiff Little Fingers, puis ‘Peaches’ d’après un titre des Stranglers et l’une des premières chansons qu’il a appris à la basse.

Au cinéma sort ‘Les Seigneurs’, de Philip Kaufman.

Sid Vicious s’extrait du monde à l’âge de 22 ans mais ni Laurent ni son gang ne suivront son exemple.

1980

‘Sandinista’, le triple album de Clash, parle mieux du monde que les nouvelles officielles. Le rap et le hip hop viennent de naître à New York, la Révolution est en victorieuse au Nicaragua, Che Guevarra, Fidel Castro, Victor Jara, Salvador Allende rejoignent au Rendez Vous des Héros initié par le combo londonien Stagger Lee, Monty Cliff et les combattants anonymes de la guerre d’Espagne, survenus eux l’année précédente dans la vie bourgeonnante de Laurent.

Le monde vient à lui, musicalement, sans qu’il en ait vraiment conscience.

1981

La France devient socialiste sous la bannière ‘La Force Tranquille’, grâce aux jeunes qui votent en masse à gauche.

Le premier numéro de Nitro magazine (custom, dragster et rock’n’roll) sort dans les kiosque. Denis Sire en dessine le logo, ainsi que les illustrations d’édito pendant 3 numéros. Vince Taylor et le Clash s’y retrouvent sur le capot d’une ‘Brand New Cadillac’. L’époque va, curieusement, à rebrousse-temps : les autos des années 50 reviennent en couverture, les Américaines se gaussent du prix de l’essence et le punk rock a la grâce de reconnaitre ses racines. En Californie, Mike Ness et son combo Social Distortion sortent leur premier 45 tours.

1984-1999

L’année orwellienne de la majorité old school de Laurent Bagnard débute avec un diplôme des Beaux Arts et une volonté colorée de s’approprier un petit bout d’espace avec sa guitare, son appareil photo et quelques crayons. La jonction du vaste monde et du sien propre se fera par d’autres moyens, principalement en exerçant nombre de petits boulots (professeur de dessin, cuistot de fast food, décorateur de théatre etc…). Il terminera cet apprentissage de la vie d’adulte dans un squat sans chauffage, face à un ordinateur rétif sur lequel il fait ses armes : il apprend à taper avec 10 doigts lors d’un hiver si rigoureux qu’il gelait à l’intérieur de son bureau. Il écrit un premier recueil de nouvelles, devient régisseur de plateau, écrit un synopsis plus long, quitte son groupe, peint, et s’investit dans la vidéo professionnelle par amour de l’image, de la narration, du rythme et aussi parce qu’il avait rudement envie de manger à sa faim.

Il entame alors un tour du monde pour le compte de diverses sociétés televisuelles qui durera plus de 10 ans : Amériques, Asie, Moyen Orient, Europe…  Il travaillera dans 42 pays, et traversera les nineties la plupart du temps en classe éco, en lisant les nouvelles du monde dans des journaux en Anglais. Il survolera donc la chute du mur de Berlin et l’écroulement du bloc soviétique, participera de loin au gouvernement d’alternance de son pays, ajoutera sa touche à un film sur l’état désastreux du parc de centrales nucléaires de l’ex-URSS, s’investira dans les tractations commerciales annonçant avant publication dans la presse la fin de la guerre au Kosovo, programmera les ordinateurs traitant graphiquement des élections italiennes gagnées d’avance par un certain S.Berlusconi, regardera de haut la droite gagner du terrain dans la vieille Europe et le modèle capitaliste s’étendre de  la Pologne à la Chine. Il lira Castaneda dans le désert mexicain, Borges en Argentine, Paco Ignacio Taibo II en Arabie Saoudite, Kerouac dans le texte et s’accompagnera souvent d’un indestructible Nikon F2 et toujours d’une solide collection de CDs glanés autour de la planète. Il finit par s’établir au Mexique, après un éreintant périple autour du globe et la naissance de son premier enfant.

2000- 2014

Las des 16,7 millions de couleurs proposées par les programmes informatiques, il redécouvre le plaisir de peindre dans sa maison  mexicaine, qui par un fortuit hasard, jouxte presque celle que DH Lawrence occupa en 1923. Il visite celle de Trostky à México, roule en Chevy ’55 (sa première maquette de voiture) et file voir Mike Ness et Joe Strummer jouer à Los Angeles avant le changement de millénaire.

La sous-culture automobile américaine se conjugue alors en 4 temps tout comme le punk rock (dernière incarnation de la contre-culture) qui, à l’instar de la deuxième guerre mondiale, n’en finit pas de finir, contrairement à ce qu’annonçait la presse française de son adolescence. La jonction des deux mondes se fait dans la redécouverte des vertus du hot rod et du kustom et il documente cette renaissance, comme se popularise l’internet.

La conjoncture économique le rapatrie en France, mais son statut autoproclamé de citoyen du monde le ramène en Californie, où il interviewe (?) Ness et Strummer, trouve une galerie d’art intéressée par ses peintures et un agent new yorkais qui voit un intérêt dans ses textes. Il rentre en France et dans le monde de la presse par une porte dérobée : il écrit pour CrossRoads en rock et tente Nitro en V8. L’attentat du 11 Septembre lui coupe littéralement les ailes alors que le monde entre dans l’ordre nouveau prédit par ‘W’ à Aspen, Montana quelques mois auparavant. Hunter S Thompson (résident dans cette ville) meurt quelques années plus tard, et Bush travaille pour sa ré-election après une désastreuse guerre du Golfe version 2.0. Laurent documente la tournée ‘Rock Against Bush’ aux USA, écrit pour la presse française et se voit refuser ses articles sur le hot rod et le kustom. Il décide non seulement de quitter l’univers hi-tech des stations de TV avant qu’elles ne le quittent et se concentre sur son appareil photo désuet, mais fidèle, alors que nait son deuxième fils.

Il trouve asile en Suisse, à Genève, où il rencontre les Cheaters, un car club tendance néo fifties et sort ‘Cheatersville‘, un livre de photographie documentant un an passé autour de ces activistes de la disqueuse et de la Guild vintage. Peinture mate, gomina, rock’n’roll… ce concentré à la fois intemporel et totalement décalé, en noir et blanc et couleurs vives, interpelle la presse dite spécialisée qui, cette fois, lui commande des articles. Il finit par faire affaire avec les plus rebelles d’entre tous, ‘Motocyclettes Sauvages’, pour le meilleur et pour le pire.

Dans la foulée, il photographie, écrit et met en page ‘Electroline Diaries‘, un document assez intimiste sur les Burbank Choppers, à l’origine de cette déferlante old school qui s’abat sur le monde encore libre. L’ouvrage, préfacé par Mike Ness, se déroule pour l’essentiel en Californie mais aborde le Japon et son Mooneyes Show, et gagne le prix de la meilleure photo/mise en page aux USA, ainsi qu’une reconnaissance internationale. En France, Laurent monte le magazine ‘PowerGlide‘ – Force Tranquille, en somme – d’après le nom des premières transmissions automatiques Chevrolet: Héros, Kustom et Rock’n’Roll sont à l’ordre du jour, et Denis Sire revient alors sur le devant de la (petite) scène francophone dans les pages de ce magazine. Laurent, rédacteur en chef et pourvoyeur de l’essentiel du contenu écrira plus tard sa biographie, mais pour l’instant diffuse trimestriellement des parcelles de son petit monde dans 7500 foyers en moyenne. Ses photos et articles sont publiés dans pas mal de journaux autour de la planète, et il s’attaque à un nouveau recueil d’images, celui-ci focalisé sur les 2-roues, ‘Rebel Motorcycles Ltd‘.

PowerGlide ayant été transformé en e-magazine sans son accord, Laurent se sépare des ‘Motocyclettes Sauvages’ qui en assuraient l’édition, et publie son quatrième livre ‘Go With Moon‘, un ouvrage retraçant l’aventure humaine et industrielle de Dean Moon et de son successeur, le Japonais Shige Suganuma. Sa société, désormais rebaptisée Mooneyes, prend un soin méticuleux à préserver l’héritage de la société Moon originelle, mais officie désormais depuis Yokohama, où Shige organise chaque année un des salons les plus remarquables de la planète.

 

Non, ami lecteur, l’automobile (et la moto) n’est pas qu’un moyen de transport : c’est un moyen d’expression, un marqueur historique, et un merveilleux trait d’union entre les époques, les arts populaires, les pays et surtout, surtout, les hommes. De plus, le moteur à explosion est réglé sur un cycle à 4 temps, tout comme le rock’n’roll… C’est ce dont traite ‘Cast Iron‘, la dernière série crossover que concocte Laurent pour cet univers coloré, attachant, mythique.

2016

La Guerre Civile espagnole a cette année 80 ans, et ses Brigades Internationales ont été qualifiées de terroristes… ‘Indios de Barcelona‘ est terminé et ses brigades internationales de peintres nous parlent du temps présent, d’actualité. Cette biographie en profite pour s’arrêter ici.

laurent

photo JKW

3 thoughts on “Laurent Bagnard

  1. Salut grand !!! 10 Avril 1963 en voilà un grand cru. ( J’en suis sur j’en est épouser un ) . Bref, la vie est un vrai parcours d’obstacle, nous le savons. Mais ses cailloux et les embûches qui ce sont glissés sur ta route ne ton pas arrêter. J’en connais une qui doit être sacrément fière de toi de la où elle est ! Moi je le suis !!! En lisant ses lignes, j’ai voyager dans le temps. Je me suis revu gamine en vacances cher Tata . Je me suis revu à l’arrière de ta moto, j’ai ressenti le poids de cette caméra que tu m’a déposer sur l’épaule lorsque tu ma amener découvrir ton job. Je me revois dans cette maison délabré ou vous créchiez avec Olive. Je revois des dessins de poêle qui vole … Je vous revois arriver à villevieux en hiver avec des couvertures sur les jambes dans la voiture, tellement il faisait froid …Merci pour ce petit voyage dans le temps. Bisous Grand ,tout mes vœux t’accompagne !
    Anne-sophie Bussi Carmantrand

    1. Quel cool message Anne Sophie :)))) Merci ! Il faudra que tu me rafraichisses la mémoire, à l’occasion. Je suis content que tu revoies tout cela – ça me donne envie d’en savoir plus. La maison délabrée, oui, bien sûr. Arriver avec la couverture sur les jambes tellement on se gelait dans ma 4cv ça j’ai pas oublié et je crois que mon frère non plus !!!

      En retour, je t’en donne un à moi, de souvenir. Tu devais avoir deux ou trois ans et vous habitiez encore en ville, et j’étais allé te promener le long de la rivière au centre de Sallanches. Je crois même qu’on était descendus près de l’eau.
      Les trajets qu’on faisait, avec mon papy, en somme, quand j’étais moi aussi tout petit.
      J’étais super content de faire connaissance avec toi, et je me disais que ça serait comme ça, plus tard, quand moi aussi j’aurais un bébé… Ce genre de chose! Le voyage dans le temps, comme tu vois, marche aussi dans ce sens là!

      Je t’embrasse et ton mari aussi!

  2. quel super projet ,cousin j’ai pas eu beaucoup le temps de regarder précisément je viens de tomber dessus ,en effet je fais une petite pause je suis au boulot ,
    je vais donc m’y pencher , je te soutiens deja moralement et financièrement, mais la j ai pas bien tous saisi !!a plus bises

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