LA GUERRE CIVILE (1936-1939)

Ci-dessus, républicaines en 1936, sur le front d’Aragon. Photo A. Centelles

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Alors que l’Italie, le Portugal et l’Allemagne sont devenues toutes trois fascistes (*), la coalition de gauche, le Front Populaire, gagne les élections en Espagne en Février 1936…

… dans un climat d’instabilité sociale et politique. Depuis 1933, l’armée espagnole soutenue par le clergé et les nationalistes radicalement anti-communistes conjurait contre la République. Profitant d’une gouvernance hésitante, l’armée se rebelle le 17 Juillet 1936 au Maroc espagnol sous le commandement du général Francisco Franco et le putsch s’étend à tout le pays dès le lendemain. Aidé par l’aviation italienne, Franco franchit le détroit de Gibraltar avec des troupes aguerries aux guerres coloniales.

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Le gouvernement central tente alors l’apaisement en proposant une coalition avec les militaires, mais ni les nationalistes ni les républicains ne veulent transiger et le 17 Juillet même, les syndicalistes de la CNT à Barcelone prennent les armes là où elles se trouvent, dans les arsenaux, les chantiers navals et dans les locaux de la Guardia Civil. La résistance est organisée par Buenaventura Durruti qui obtient la capitulation rapide des militaires. L’exemple barcelonais est rapidement suivi, Madrid décidant de distribuer des armes aux ouvriers et en un peu plus d’une semaine, la résistance réussit à barrer à l’armée l’accès aux zones d’où proviennent les richesses industrielles du pays (Catalogne, Asturies, Madrid, Guipuscoa, Biscaye, Levant). Ce que redoutaient le plus les nationalistes est en train de se mettre en place : le patronat, effrayé par les prises de position des employés, avait rejoint les rangs des rebelles nationalistes et laissé les moyens de production aux ouvriers qui rapidement l’organisèrent, ainsi que le transport, la fourniture d’électricité, le tout d’une manière nouvelle : autogérée et équitable. Dans les campagnes, la collectivisation des terres est une étape que les anarchistes s’appliquèrent à franchir. Sans le vouloir, le patronat et les grands propriétaires avaient donné l’impulsion première en s’alliant avec des militaires – eux mêmes appuyés par des gouvernements fascistes – et déclenché plus qu’une résistance idéologique : une révolution !

 

En fait, dans le camp républicain, le point de vue divergeait sur la forme à donner à cette résistance. Les socialistes pensaient gagner la guerre et réformer l’état ensuite : à l’unisson d’un gouvernement quasi fantôme, ils voulaient recréer une armée hierarchisée tandis que les communistes et les anarchistes voulaient d’un pouvoir populaire, d’une égalité hommes-femmes et d’une autogestion des moyens de production. Barcelone – et la Catalogne – en était l’exemple. Mais au-delà de ces considérations, il fallait impérativement aux Républicains des combattants, des armes, des munitions ainsi qu’un appui tactique, et ce malgré un pacte de non-intervention signé notamment par les Français et les Anglais !

Les premiers à répondre au cri « Pour votre liberté et la nôtre ! » furent les Français (André Malraux soutenu en sous main par Pierre Cot, ministre de l’Air, crée l’escadrille républicaine Espana avec des avions français…), les réfugiés Italiens et les Allemands ayant fui le fascisme dans leur pays natal ainsi que quelques uns des athlètes réunis à Barcelone pour les Olympiades Populaires, la réponse aux J.O de Berlin de la même année. La création à proprement parler des ‘Brigades Internationales’ se fait à l’instigation du communiste français Maurice Thorez, avec l’aval de Staline qui publie le 17 oct 1936 dans ‘Mundo Obrero’, le journal du PC espagnol, une lettre officialisant le soutien de la Russie aux Républicains. Un bureau de recrutement parisien est établi le 18 Sept.

En 1937, les Brigades Internationales comptaient près de 59000 personnes, des individus venus barrer la route au fascisme depuis de nombreux pays, des USA à la Chine (respectivement 2800 … et 2 hommes !), en passant par le Mexique, la Suisse, les Balkans, l’Europe du Nord etc… (voir tableau)

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Les écrivains Georges Orwell et Ernest Hemingway en font partie, et témoignent de leur passage dans les Brigades Internationales dans les œuvres suivantes ‘Hommage à la Catalogne’ et ‘Pour qui sonne le glas’. André Malraux, rentré en France, écrit ‘Espoirs’.

 

L’armée régulière, elle, exécute le poète Federico Garcia Lorca le 18 ou 19 Aout 1936. Franco est nommé chef du gouvernement nationaliste le 1er Octobre. Le 18 Novembre, l’Allemagne et l’Italie reconnaissent ce gouvernement. Entretemps, Madrid est passionément défendue par les Républicains qui gagnent la bataille le 23 Novembre. En Février 1937, les fascistes tentent encore de prendre Madrid, sans succès ; leurs alliés nazis mettent au point leur matériel et leur stratégie en bombardant Guernica, une petite ville du pays basque. Picasso, en mémoire des 1500 civils assassinés, réalise alors le tableau éponyme   (ci-dessous)

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L’état fasciste se construira au fil des massacres pour finalement avoir raison de la République et de sa résistance – minée de l’intérieur par les épurations staliniennes– le 1er Avril 1939. Abandonnant le terrain, nombre de Républicains rejoignirent alors la Résistance française et combattirent le fascisme avec elle. Francisco Franco quant à lui dirigera d’une main de fer jusqu’à sa mort en 1975 un pays refermé sur lui-même, et aura fait son possible pour éliminer des mémoires la révolution commencée en Catalogne, ainsi que le formidable élan de solidarité qui avait vu naitre les Brigades Internationales.

(*) – respectivement en 1922, 1932 et 1933.