LE MURALISME ET DIEGO RIVERA

En 1910 débute la révolution mexicaine, une guerre civile qui durera 10 ans et qui, deux millions de morts, cent ans après la guerre d’indépendance et environ cinquante après celle qui opposa le pays aux USA, définira la République que nous connaissons.

La Première Guerre Mondiale met quasiment le reste de la planète (Europe, Russie, Moyen Orient)  à feu et à sang entre 1914 et 1918. La sauvagerie règne pendant cette période, mais loin de l’abominable consommation en vie humaines qu’imposent à la fois la guerre intestine mexicaine et le premier conflit industriel mondial, les capitales européennes – notamment Paris au début du conflit mais aussi Barcelone – restent des havres de paix et de création. La ville-lumière est alors à la hauteur de sa réputation : elle héberge et inspire nombre d’artistes, dont Pablo Picasso et George Braque qui donnent avant-guerre naissance au cubisme, un mouvement pictural auquel s’associent entre autres Marcel Duchamp et Piet Mondrian.

 

cubistes 

La culture artistique dominante de l’époque est européenne et son influence s’étend au-delà de l’Atlantique ; nombre d’américains viendront y chercher la connaissance pour développer ensuite une identité propre. Au moment où Picasso termine ses Demoiselles d’Avigon (1907), Diego Rivera, un natif de Guanajuato, Mexique, étudie l’art à Madrid. Il a 22 ans et dira plus tard ‘je ne crois pas en Dieu, je crois en Picasso !’. A 24 ans, son diplôme en poche, il visite l’Europe et rentre au Mexique, brièvement, en 1910. Il y fait sa première exposition à l’école Beaux-Arts San Carlos de México, sous l’égide de l’épouse du président Porfirio Diaz, le 20 novembre – le jour du soulèvement révolutionnaire. Mme Diaz lui achète six tableaux, l’état mexicain sept : alors que la révolte s’étend et que le président fuit le pays, Rivera, financièrement à l’abri du besoin, succombe à l’appel de l’Europe et retourne s’y former. Il y passe deux ans confortables, soutenu dès 1911 par une bourse d’études octroyée par le nouveau gouvernement. Il résidera à partir de 1912 à Montparnasse où cette fois il connaitra comme nombre de ses pairs l’indigence prophétique que Paris réserve également aux artistes qu’elle a su attirer. Il se lie d’amitié avec Modigliani, et fréquente le cercle des artistes cubistes. Il n’oublie pas la révolution en marche dans son pays, comme en témoigne ‘Le Paysage Zapatiste’ (du nom d’Emiliano Zapata, responsable du soulèvement au Sud du pays).

 

PaysageZapatiste

En 1920, l’ambassadeur du Mexique à Paris lui demande de rentrer, non sans avoir visité l’Italie et étudié ses fresques de la Renaissance. En 1921, le ministre de l’éducation, José Vasconselos, implique Rivera dans son programme de peintures murales, ainsi que les artistes mexicains José Clemente Orozco, David Alfaro Siqueiros, Rufino Tamayo, l’américain Pablo O’Higgins et le français Jean Charlot. Dès Janvier 1922, il peint son premier ‘mural’ dans l’auditorium de l’Ecole Préparatoire de México un pistolet à la main pour se défendre des étudiants d’extrème droite ; à l’automne, il participe à la création du Syndicat Révolutionnaire des Travailleurs Techniques, des Peintres et des Sculpteurs et rejoint le Parti Communiste Mexicain à la fin de l’année (auquel adhère en ’27 son ami O’Higgins). L’art qu’ils veulent développer est délibérément réalisé comme un mouvement politique révolutionnaire et fait l’objet d’un manifeste: l’art se met au service du peuple et de ses revendications sociales.

Diego Rivera est à l’origine de la ‘Renaissance mexicaine’ ; il trouve son inspiration dans l’art précolombien et s’exprime dans un style direct, simple et vif, à vocation d’éducation, car il sait qu’il s’adresse à une population largement illettrée. ‘Les murs doivent être comme des livres’ et l’art doit mettre le peuple en valeur mais il doit être dynamique et orienté vers l’avenir. Rivera et ses camarades réussiront à imposer leur style engagé et novateur, créant par la même un courant nouveau, unique et typiquement mexicain : le muralisme – ou la fresque enfin laïque !

Rivera l’exportera aux USA et en Russie, au fil des années.