REPERES ?

Cet ouvrage les convoque. Globalement, nous méconnaissons l’histoire de l’Espagne, et à fortiori celle de la Catalogne et de Barcelone, et ce malgré notre proximité géographique – ne serait-ce que cette dernière.

Pour la plupart, l’Espagne est une destination de villégiature ou un lieu de débauche abordable, un petit univers plutôt ludique très touristique, sans guère de passé proche, au futur aussi incertain que le nôtre.

Il y a 80 ans éclatait dans ce pays une guerre civile qui unit spontanément contre le fascisme des milliers de sympathisants (d’empathisants?) autour d’un idéal républicain. Ils voulaient d’une République novatrice, laïque, égalitaire, utopique, et ils étaient venus du monde entier pour, au besoin, lui offrir leur vie. On en fait peu mention dans nos livres d’histoire, ce qui est regrettable, mais si c’était le cas, il faudrait aussi parler des Républicains qui furent enfermés dans des camps français alors qu’il fuyaient les purges des vainqueurs de 1939, ce qui est peu glorieux pour notre terre en rien d’asile à l’époque. Il faudrait parler de ceux qui rejoignirent les rangs de la Résistance pour continuer le combat contre les nazis. Il faudrait également parler de la raison pour laquelle l’un des derniers dictateurs d’Europe eût le champ libre pour maintenir sous sa férule un pays tout entier jusqu’en 1975, ainsi que de ses liens étroits avec le bras armé de l’Eglise, l’Opus Dei, qui avait cautionné ses actions depuis 1939.

Notre devoir de mémoire s’arrête là où le dictateur a voulu que s’arrête celle de son pays. En cela, nous sommes relativement complices et même si nous n’avons pas, comme lui, fait taire le passé à coup d’exécutions sommaires, nous avons contribué à remplir les fosses communes avec les espoirs d’hier, en les taisant.

Or, il se trouve que la vie a la vie dure : Barcelone, qui dès la première guerre mondiale était déjà un laboratoire du possible, poursuit sa tradition contestataire toute catalane, sauf qu’elle a troqué les explosifs contre des bombes de peinture. Elle explore des solutions alternatives de vie dans la cité. Elle offre au regard, et de fait à la pensée, une matière riche et colorée, un muralisme exécuté par des Brigades Internationales de peintres. En ces temps de légitimes doutes, de crise économique, sociale et morale, en cette époque d’attentats et de repli, mais aussi de solidarité et de sporadique bon sens, Barcelone et ses peintres offrent de l’espoir.

Gratuitement, bien sûr.

Toutes les époques relatées ici, dans la section ‘Repères’, puis dans le livre aussi, ont à voir avec la passion qui les relie entre elles. C’est une histoire d’esprit libres et celle d’une résistance de plus de 100 ans à un monde moderne qui s’acharne à contenir leurs élans, en images, en mots, et en musique aussi… Bienvenue dans les dérapages obligés vers le Mexique, initiateur des premières fresques laïques éducatives, vers le punk rock, parce qu’il est le dernier courant contestataire spontané, parce qu’il est éducation également et parce que tout simplement ces peintures barcelonaises sont pour la plupart… des ‘protest songs’ en deux dimensions !